Femmes d'ébène
Le courage de servir sa terre
Tu leur apprendras à voler
Tu leur apprendras à voler,
mais ils ne prendront pas ton envol ;
tu leur apprendras à rêver,
mais ils ne rêveront pas ton rêve ;
tu leur apprendras à vivre,
mais ils ne vivront pas ta vie.
Cependant…
À chaque vol, dans chaque rêve
et dans chaque vie,
la trace du chemin enseigné
perdurera toujours.
Teresa de Calcutta
Préface
Ce livre est bien plus qu’un recueil de témoignages, c’est une fenêtre sur l’Afrique et sa beauté.
Nous sommes invités, à travers le regard de Raquel Rodriguez de Bujalance, journaliste espagnole, à découvrir treize femmes exceptionnelles et leurs parcours de vie. Ces femmes d’ébène viennent de différents pays : du Cameroun, du Kenya, de la Côte d’Ivoire, d’Afrique du Sud, de la République démocratique du Congo, du Nigeria, du Sénégal et de l’Ouganda.
Ces personnalités incroyables ont plusieurs points communs : elles sont éduquées, professionnelles, entreprenantes, mais surtout, elles sont bienveillantes, courageuses, audacieuses et généreuses. En lisant leur histoire, nous percevons ce qui fait profondément le génie de ces femmes d’ébène : elles scintillent par leur dignité, leur persévérance dans la générosité du service et du travail bien fait, et cela retentit de la plus petite hutte jusqu’au laboratoire le plus sophistiqué !
Des femmes de cette trempe, j’en connais personnellement. Elles sont parfois très proches : nos sœurs, nos mères, nos tantes. Chaque pays peut s’émerveiller de la grandeur de ces femmes. Elles me font penser aux femmes de la Bible. La reine Esther a osé braver les interdits pour sauver son peuple de la destruction, par le jeûne et son audace, à aller voir son Roi de mari sans y avoir été invitée ; c’est aussi Judith, la veuve, qui, avec son ingéniosité et sa ruse, se sert de son intelligence pour sauver son peuple de l’envahisseur. Deborah la juge, elle aussi, a pris les choses en main pour affronter l’ennemi.
Aujourd’hui, l’ennemi du peuple prend souvent le visage de la corruption, du pouvoir et de la violence.
Que l’audace de ces femmes nous invite tous à quitter nos peurs, nos sentiments d’indignité pour faire face ; que leur confiance nous encourage à sortir de nos fauteuils et nous lever, à oser être tout simplement les gardiens de nos frères et sœurs.
Je souhaite que ces trajectoires de vie nous enseignent davantage à vivre les valeurs de l’Évangile en actes et en vérité. Il y a beaucoup d’enthousiasme et d’amour à recevoir entre ces lignes. « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi » (Mc 4, 26-28).
Voilà la valeur de l’ébène, elle n’a pas de prix, elle est éternelle et traverse tous les continents.
Cardinal Dieudonné Nzapalainga,
Archevêque de Bangui.
CHAPITRE 1
Cameroun
L’Afrique en miniature
Le Cameroun est divisé en dix régions. Deux d’entre elles, le nord-ouest et le sud-ouest, frontalières du Nigeria, sont anglophones, tandis que l es huit autres, au centre et à l’est du pays, sont francophones.
Cela s’explique par son histoire récente.
Le Cameroun a été colonisé par l’empire allemand à la f in du XIXe siècle, l’époque de son plus grand développement. Les Allemands ont promu de nombreuses industries et ils ont doté le pays d’hôpitaux, de chemins de fer et de routes. Bien entendu, à cette époque, la langue officielle était l’allemand.
Après la défaite de la Première Guerre mondiale, le Cameroun a été divisé entre la Grande-Bretagne et la France, qui en a conservé la majeure partie. Lors de l’indépendance en 1961, la partie britannique a également été divisée : le sud-ouest du Cameroun britannique a été uni au Cameroun français, qui était devenu indépendant un an plus tôt, tandis que le Cameroun britannique du nord a choisi de rejoindre le Nigeria. Depuis lors, les langues officielles du pays sont le français et l’anglais, bien que la majorité de la population ne parle pas ni l’une ni l’autre, mais l’un des deux cents dialectes tribaux de ses groupes ethniques. Toutefois, à Douala et Yaoundé, les plus grandes villes du côté français, presque tout le monde parle français, tandis qu’à Bamenda, la capitale du nord anglophone, la plupart des gens parlent couramment l’anglais et le français.
Fait curieux, le pays est à la fois membre de la Francophonie et du Commonwealth.
Encore une chose : le Cameroun est appelé « l’Afrique en miniature » en raison de sa diversité géologique et culturelle. On y trouve des plages, des déserts, des montagnes, des jungles et des savanes, avec le Mont Cameroun comme point culminant. Il est à peu près aussi grand que l’Espagne et il compte la moitié de la population espagnole, soit 25 millions d’habitants. L’espérance de vie est de 54,71 ans. Les pygmées Baka ont été ses premiers habitants et c’est l’un des trois pays – avec le Congo et le Burundi – où des tribus pygmées survivent.
Les deux régions anglophones sont les plus prospères et les plus urbaines d’Afrique de l’Ouest, avec 90 % d’enfants scolarisés. Cependant, en tant que minorité, elles ont été négligées depuis l’indépendance. En 2016, des tentatives indépendantistes sont apparues, initialement formées par des groupes d’enseignants et d’avocats qui ont protesté pacifiquement, appelant à l’adaptation des textes de travail respectifs en anglais. Cependant, la radicalisation d’une partie du mouvement a conduit, fin 2017, à la formation de milices – telles que les Ambazonia Defence Forces (ADF) dans le sud-ouest – qui ont décidé de prendre les armes et d’autoproclamer leur propre État.
Le conflit dans ces régions, où vivent trois millions de personnes, a fait plus de 3 000 morts, selon l’International Crisis Group (ICG), et il a déplacé plus de 530 000 personnes, selon le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires de l’ONU (OCHA). Enfin, en décembre 2019, une loi a été adoptée qui donne à ces régions du nord-ouest et du sud-ouest un régime juridique spécial, avec des pouvoirs spéciaux et un certain degré d’autonomie.
Dans les régions septentrionales, l’absentéisme scolaire et l’analphabétisme sont très élevés, mais l’attention qui n’est pas accordée à l’éducation scolaire l’est au sport. En témoigne le fait que, bien qu’il n’ait pas remporté de médaille à Tokyo, le Cameroun a gagné des médailles d’or lors des trois derniers Jeux olympiques, y compris en football à Sydney.
Le pays est également célèbre pour ses styles musicaux autochtones, tels que le makossa ou le bikutsi – un chant féministe –, qui ont été popularisés par des artistes tels que Michael Jackson et Rihanna.
De nombreuses maladies endémiques telles que la dengue, la filariose, la leishmaniose, le paludisme, la méningite bactérienne, la schistosomiase et la maladie du sommeil persistent au Cameroun. Selon les chiffres officiels, 5,7 % de la population est infectée par le SIDA, bien que ce chiffre puisse être plus élevé car de nombreux cas ne sont pas signalés.
La foi prédominante – deux tiers de la population – est le christianisme, tandis que l’islam, pratiqué principalement dans le Nord, représente un cinquième de la population. Les religions tribales traditionnelles restent importantes, mais dans l’ensemble, la liberté, la diversité et la tolérance religieuse sont élevées.
L’un des plus grands problèmes du Cameroun est l’instabilité dans l’extrême nord du pays, la région de Korala – une sorte d’appendice, coincé entre la république du Tchad et le Nigeria – qui est l’une des zones les plus problématiques en raison des incursions du groupe terroriste Boko Haram. À cela s’ajoutent les problèmes liés à la sécheresse et aux troubles. Elle abrite le camp de réfugiés de Minawao, où vivent entassés environ 60 000 Nigérians, déplacés par les terroristes, qui ont déjà tué plus de 37 500 personnes et qui en ont déplacé environ 2,5 millions.
Dans cette région, le gouvernement est totalement absent et les villages sont gouvernés par des chefs de tribus et des rois incapables de garantir à la population un minimum d’éducation et une vie digne. La seule chance de survie est la campagne, même s’il s’agit d’une agriculture archaïque aux techniques rudimentaires, conditionnée par le manque d’eau et de machinerie.
C’est précisément là que notre protagoniste, le Dr Esther Tallah, avec la collaboration d’Harambee, soutient un travail social pour la formation des agriculteurs et la création d’une agriculture durable qui assure la sécurité alimentaire et un revenu régulier à la population.
Femmes d’ébène
Raquel Rodriguez De Bujalance
Editions des Béatitudes
328 p. – 13,5 x 21 cm – 17€
