Jésus, c'est à Toi d'y penser

Vie, œuvres et héritage spirituel de Don Dolindo Ruotolo dans le souvenir de sa nièce

Introduction

de Luciano Regolo

Le parcours qui m’a conduit à écrire ce livre avec Grazia Ruotolo, «nièce» de Don Dolindo, un mystique dont j’entendais parler depuis longtemps, bien que j’en connaisse peu à son sujet, est curieux et simple à la fois. C’est Antonella Cereda que j’appelle «le cyclomoteur de la Sainte Vierge», pour l’élan et le volontarisme qui la caractérisent, qui m’a conduit à Grazia.


Antonella s’emploie en permanence à promouvoir localités et personnages à la spiritualité mariale élevée. Comme Ghiaie di Bonate et sainte Giovanna Berretta Molla, qui nous a fait nous rencontrer. Antonella m’a dit que je «devais» connaître Grazia pour écrire avec elle un livre sur Don Dolindo.


J’étais très perplexe, à cause de la fatigue, des voyages à Naples, pour un ensemble de motifs, et non pas le dernier, le fait que je connaissais certains témoignages au sujet de ce prêtre napolitain, contemporain de Padre Pio, comme lui, depuis longtemps attaqué par les autorités ecclésiastiques, sans doute excessives. Voilà que, durant un pèlerinage à Loreto avec un groupe de lecteurs de Famiglia cristiana (éd. italienne de Famille Chrétienne), revue dont je suis le directeur adjoint, l’une de ces personnes, qui m’avait entendu parler de Natuzza Evolo, la mystique calabraise dont la cause de béatification a été ouverte en 2019 et à laquelle j’ai consacré cinq livres, à la sortie du sanctuaire de la «Santa Casa» m’a demandé: «Pardon, vous, que pensez-vous de Don Dolindo Ruotolo? Pourquoi n’écrivez-vous pas quelque chose à son sujet?» Sans doute, une simple coïncidence, mais qui a eu lieu après une prière intense entre les murs du «oui» de Marie… Ainsi, au retour de ce voyage, j’ai décidé d’aller à Naples avec Antonella, chez Grazia Ruotolo. Nous étions le 29 novembre 2019, quarante neuvième anniversaire de la mort de Don Dolindo.

Dès cet instant, un autre voyage a débuté pour moi, avec une merveilleuse amie: Grazia. Elle a plus de quatre-vingt-dix ans, mais l’enthousiasme et l’allure d’une jeune fille très déterminée à garder et diffuser la mémoire de ce membre de sa famille si particulier, qu’elle a aimé dès son enfance et qu’elle a continué d’aimer et d’observer au cours des années. En fait, elle n’est pas vraiment la nièce de Don Dolindo – son père et le mystique napolitain étaient des cousins au premier degré, fils de deux frères – mais Grazia l’a toujours considéré comme un «oncle». Par ce terme, elle exprime l’affection et le respect qu’elle éprouve pour lui.

Les conversations avec Grazia ont pénétré mon âme et sont la base la plus authentique de ce livre. A ses paroles, j’ai ajouté ma recherche, l’approfondissement à partir des indications qu’elle m’a fournies en me guidant dans un océan d’écrits, de témoignages, de photos, d’objets, d’enregistrements…

Grazia est une femme brillante, ironique, distinguée et depuis longtemps chef d’entreprise. Elle cache, derrière son air décidé, une sensibilité hors du commun, ce qui lui a permis de recueillir dans les moindres détails l’héritage spirituel le plus précieux de son oncle prêtre. Grazia peut facilement vous convaincre de faire ce qu’elle veut, sans jamais vous laisser penser qu’elle ne tient pas compte de vous. Grâce à ce mélange de force et de douceur, elle arrive à transmettre à tous l’amour, le respect, l’intérêt et la dévotion pour Don Dolindo.

Avec moi, en tout cas, elle y est parvenue totalement et c’est ainsi que j’ai découvert ce grand mystique, qui, par bien des aspects, est vraiment semblable à Padre Pio. Il avait avec lui des contacts étroits et bien au-delà des moments où ils se rencontraient physiquement. Leur relation a aussi pu être documentée grâce à l’aide d’un ami et illustre collègue, Stefano Campanella, à partir des documents de San Giovanni Rotondo. Ainsi, pour la première fois, en ce livre a été retracé, dans tous ses détails, le lien entre les deux prêtres.

Pour moi, s’est ajoutée à cela la grande surprise de découvrir de constantes et incroyables analogies aussi entre Natuzza et Don Ruotolo. Pas seulement dans l’amour de l’Imitation du Christ, qui a caractérisé l’expérience mystique des deux âmes victimes prêtes à offrir leur souffrance personnelle pour le salut du prochain, mais aussi par leur dévotion commune à la Vierge Marie. J’ai été très ému du fait que Don Dolindo se définisse comme un «ver de terre», comme Natuzza Evolo quand elle parlait des «dentelles» de Jésus. Il décrivait chaque événement de la vie comme faisant partie de la broderie de Dieu.

Notons également les coïncidences extraordinaires dans leurs colloques mystiques avec Jésus-Christ. A tous deux, Il parle du «sacerdoce d’amour» ou de la tendance de l’homme à se sentir «médecin de soi-même» et donc à penser se connaître, ainsi que les soins nécessaires pour sa propre existence, oubliant ainsi que seul le Seigneur, à qui nous devrions nous confier, connaît notre vrai bien. Leur relation avec les anges fait partie de manière surprenante de leur analogie. Ils leur ont montré à tous deux comment céder le pas devant les prêtres en tant que ministres de Dieu, qui renouvellent la présence de Jésus parmi nous par la célébration de l’Eucharistie.

Plus d’une fois, j’ai été ému de remarquer dans ces coïncidences la beauté d’une vérité unique perçue par celui qui permet au Christ de vivre en lui.

Avec l’incomparable et infatigable Grazia, nous avons pensé déployer le récit à la première personne d’une seule voix, qui nous inclut tous les deux. Il aurait été inutile de briser le récit par nos questions, ou nos approfondissements puisque nous avions un cheminement commun dans la compréhension et la reconstruction de la vie et de l’apostolat de Don Dolindo que saint Pio appelait «l’apôtre de Naples».

Le voyage vers l’héritage spirituel de Don Ruotolo est aussi un itinéraire vers une foi plus authentique alimentée par l’amour pour Jésus, qui a été le phare et le pivot de son existence jusqu’à son dernier souffle.

Luciano Regolo

Don Dolindo, une grâce reçue

Introduction de Monseigneur Vittorio Formenti

Je n’avais jamais entendu parler de Don Dolindo Ruotolo et j’ai appris son existence par pure coïncidence. Mais j’aime penser aux paroles d’Albert Einstein: «Les coïncidences sont la signature de Dieu.»

Voici les faits. Ma nièce, Simone, maman de trois enfants en bas âge, avait la vue qui baissait à un oeil depuis un certain temps. D’après l’oculiste, le globe oculaire était parfait, donc il fallait chercher ailleurs la cause de la perte de vue.

Le 19 novembre 2018, j’ai reçu de ma famille un coup de fil dramatique. Simone avait une tumeur étendue au cerveau, enracinée dans la carotide, dont dépendent certaines fonctions essentielles du corps. Ce sont des nouvelles qui vous bouleversent. Après un premier temps d’égarement, j’ai appelé Antonella Cereda, amie de famille, croyante et particulièrement engagée dans la défense de la vie, afin de demander l’appui de sa prière. La réponse d’Antonella a été: «Je suis à Naples, et je vais de suite “frapper” à la tombe de Don Dolindo.»

Et voici la coïncidence: ce 19 novembre, était l’anniversaire de la naissance au ciel de Don Dolindo.

Qui était ce prêtre napolitain? Je me le demandais. Ma première recherche était sur le web, et j’ai tout de suite compris à partir de cette recherche sommaire, que je me trouvais face à un véritable géant de sainteté.

J’ai tout de suite été frappé par une donnée impressionnante: Don Dolindo a été privé de l’exercice de son sacerdoce durant plus de dix-neuf ans. Je connais les mécanismes irréprochables des tribunaux ecclésiastiques. Mais tout de suite j’ai eu la conviction que ce petit et grand prêtre avait été une victime sacrifiée au politiquement correct du Saint-Office. C’était déjà arrivé à d’autres figures de saints.

De Rome à Naples, la distance n’est pas grande. Je devais absolument approcher de plus près la personne d’un prêtre voué à d’indicibles souffrances, mais aussi récompensé d’en haut par de grands charismes et privilèges. Une relation proche est née avec sa nièce, Grazia Ruotolo. J’ai surtout commencé à lire une partie des multiples écrits de Don Dolindo, qui laissent transparaître un profond et humainement inexplicable mysticisme.

Avec l’aide de Grazia et d’Antonella, une intense chaîne de prière a commencé afin d’intercéder auprès de Don Dolindo pour Simone et de continuer à frapper sur le marbre de sa tombe, dans la paroisse de Saint-Joseph dei Vecchi et l’Immaculée de Lourdes.

Pendant ce temps, Simone consulta plusieurs neurochirurgiens. Une partie d’entre eux lui déconseillaient l’intervention chirurgicale pour l’ablation de la tumeur. Les risques étaient trop importants: perte de la vue, de la parole, de la marche. Mais dans mon coeur, je sentais que, l’ayant confiée à la Vierge (que je priais et prie chaque jour devant la statue de la Salus Populi Romani, antique icône conservée dans la basilique pontificale Sainte-Marie- Majeure à Rome), puis de l’avoir confiée avec foi, à l’intercession de Don Dolindo, je sentais que la grâce allait être accordée.

Simone a été opérée à l’Institut Besta de Milan le 7 mars 2019. L’intervention a duré douze heures. Une semaine après, le chirurgien qui l’avait opérée a prononcé ces mots devant ses parents: «La science a fait sa part, mais pour nous, la pleine réussite de l’intervention est un miracle!»

Ma nièce avait conservé la vue, parlait et se servait parfaitement de ses membres. Après l’intervention et la convalescence, elle est redevenue maman à plein temps, apprenant à ses enfants la valeur de la prière et leur faisant connaître l’extraordinaire personne de Don Dolindo.

Tel est mon témoignage au sujet de ce problème de famille; il s’ajoute aux milliers d’autres pour des grâces obtenues. Ils ont été écrits par les dévots de Don Dolindo au cours des années et laissés sur des registres près de la tombe du serviteur de Dieu.

Il s’agit d’éléments d’histoires, qui ont conduit Luciano Regolo, déjà auteur de nombreux textes de spiritualité très appréciés, à sonder, avec son extraordinaire capacité de recherche historique et philologique, croix, charismes, faits et circonstances de la longue vie tourmentée de Don Dolindo. L’apport de la nièce, Grazia, a été déterminant, véritable mémoire et archive vivante de son oncle prêtre.

Mon souhait personnel est que le livre incite les lecteurs à découvrir et imiter les vertus fondatrices de la vie de Don Dolindo, comme la prière, le recours fréquent à la nourriture eucharistique, l’amour pour Jésus et l’Eglise, pour le prochain et une intense dévotion mariale. Je souhaite aussi que la cause de béatification, déjà en cours, reçoive une impulsion nouvelle, afin que le Serviteur de Dieu puisse bien vite parvenir à la gloire des autels.

Monseigneur Vittorio Formenti
Coadjuteur du Chapitre Liberiano
de la basilique pontificale Sainte-Marie-Majeure à Rome

1. Un saint en famille: de beaux et doux souvenirs

Difficile de dire quelle est la première image de Don Dolindo imprimée dans ma mémoire, puisque depuis mon jeune âge je voyais ce prêtre qui venait chez nous. Ce sont tous des souvenirs très beaux et très doux.

Don Dolindo et mon père Umberto étaient fils de deux frères, Raffaele et Michele Ruotolo. Leur famille venait de Casalnuovo. Le père, Gregorio était très adroit en couture et, avec les années, il avait ouvert un atelier textile. Mon grand-père s’occupait d’un important établissement, alors que ma grand-mère, Angelina s’occupait des enfants. Le père de Don Dolindo, Raffaele, par contre, était diplômé, d’abord en mathématiques, puis en ingénierie. Il avait épousé Silvia Valle, issue d’une famille d’ancienne noblesse des Bourbons, sans guère de ressources économiques, soeur de Thomas, un camarade d’études à l’université.

De leur union sont nés onze enfants: Maria, Giuseppina (décédée à quelques mois), Cristina, Elio, Dolindo, Bianca, Ausilio, Natalia et Consilia (jumelles disparues, la première à trois mois, la deuxième à dix-huit mois), Emma et Eucario.

Dolindo était le cinquième enfant. Il a eu une enfance vraiment difficile. Aux conditions de vie pénibles, s’ajoutait l’avarice de son père, qui rendait la misère quotidienne encore plus dure à supporter.

J’ai toujours été frappée d’entendre parler de l’enfance de cet homme, vécue dans une pauvreté extrême et marquée par la grande sévérité paternelle. Pour le punir, même sans raison, il l’enfermait souvent dans la réserve à charbon où chats et rats pullulaient. Lui cependant, ne s’en plaignait pas: «J’avais très peur», confiait-il à mon papa, «mais en même temps, je m’agenouillais et louais Dieu.» Son père lui donna un dictionnaire et lui ordonna d’apprendre, sans le faire aller à l’école. Quand il n’était pas content des résultats, il le fouettait avec le finocchietto, une petite verge qui servait à l’époque à déboucher les éviers. Pourtant, mon oncle n’a jamais gardé de rancoeur même quand Raffaele a été frappé d’un AVC, il l’a assisté avec beaucoup de dévouement. Son père lui a demandé pardon pour sa sévérité: «Avec toi, j’ai été terrible, je ne sais pas pourquoi.» Des mots qui laissent supposer l’action d’une force supérieure. Mon oncle était convaincu que même cette dureté faisait partie des plans du Seigneur pour lui. Dieu l’avait permise pour la floraison de son âme.

Don Dolindo était né saint. Il n’a jamais eu une vie totalement terrestre. Quand, tout petit, sa maman se levait dans l’obscurité, à quatre heures du matin pour aller à la messe de cinq heures, il était le seul des nombreux enfants à la suivre à la cuisine et à rester près d’elle pendant qu’elle préparait le café en priant. Puis, il la suivait jusqu’à la porte. Elle lui donnait un baiser et allait à l’église. Lui, l’attendait. A son retour, sa mère le prenait dans ses bras et, comme elle venait de recevoir l’Eucharistie, elle lui soufflait dans la bouche comme pour lui transmettre l’amour de Jésus. Le petit riait, tout heureux, comme électrisé. Lui-même a écrit les souvenirs de ces moments de sa petite enfance: «Ma tête n’arrivait pas à dépasser la hauteur du foyer. Je me souviens que, n’ayant pas plus de trois ou quatre ans, debout, appuyé aux genoux maternels, je lui disais: “Je serai prêtre.“» C’était très tôt son ardent désir.

Silvia, la maman de Don Dolindo, a été une figure décisive dans sa formation spirituelle. Elle a forgé ses enfants dans cet idéal de sainteté qui inspirait sa propre vie. Elle les a surtout éduqués à accueillir et respecter, dans les événements, la Volonté de Dieu, du «Patron» comme elle disait.

Table des matières

Introduction………………………………………………………………………………………………………………. 5
Don Dolindo, une grâce reçue…………………………………………………………………………………… 9
1. Un saint en famille: de beaux et doux souvenirs………………………………………………….. 13
2. Bilocations: amour sans limites ni distances………………………………………………………. 31
3. Le Calvaire de Dain Cohenel et ses fleurs sans fin………………………………………………. 57
4. Au milieu des bombes et des démons, le «petit prêtre plein de grandeur»
qui n’a pas eu peur…………………………………………………………………………………………………………. 77
5. Padre Pio lui dit: «Le paradis était et sera toujours avec toi.»……………………………. 99
6. La prophétie sur Jean Paul II et autres prodiges de la Providence………………………. 121
7. Follement amoureux du Crucifié et de son Sacrifice de salut……………………………… 145
8. «Notre Maman céleste? Un ultrason d’amour!»…………………………………………………… 171
9. En chemin et en prière avec un ami spécial: l’ange gardien…………………………………. 191
10. Prêtre pour toujours, même du ciel……………………………………………………………………. 203

Jésus, c’est à Toi d’y penser

Grazia Ruotolo & Luciano Regolo

Parvis

224 p. – 14 x 21 cm – 21€

www.parvis.ch/fr