La prière pour les débutants

Chapitre 4

La prière : mode d’emploi

Prier, c’est être avec Dieu. Le seul critère pour discerner ce qu’il est bon ou moins bon de faire en priant consiste à examiner si notre pratique fortifie ou affaiblit cette relation. Dilige et quod vis fac (Aime et fais ce que tu veux). La fameuse maxime de saint Augustin vaut aussi pour la prière. Dans ce chapitre, il est question de cinq déclinaisons (c’est-à-dire, si on préfère, des formes de prière) et de trois expressions (manières de prier). Tout cela peut sembler compliqué, me direz-vous, et difficile à intégrer dans une vie bien remplie ! Heureusement, nos prédécesseurs ont développé des techniques pragmatiques enracinées dans le réel, qui rendent cette voie accessible.

Qui prions-nous ?
Pour les chrétiens, la réponse est simple : nous ne prions que le Dieu unique. Comme le mystère central de la foi chrétienne est celui de la Trinité, nous pouvons prier chacune des trois Personnes divines – le Père, le Fils et le Saint Esprit. De nombreuses prières leur sont adressées, mais nous pouvons aussi improviser, leur parler « de cœur à cœur » comme à un ami de chair et d’os qui serait dans la même pièce que nous.

Nous pouvons également recourir à l’intercession, c’est-à-dire demander à quelqu’un de prier pour nous. Parfois, notre cœur éprouve le besoin de s’appuyer sur un autre, que nous estimons plus solide, plus expérimenté ou tout simplement plus disponible pour s’adresser à Dieu.

L’Église nous invite à « prier les uns pour les autres ». Ce conseil s’étend aux vivants et aux défunts. Le livre de l’Apocalypse montre les prières des saints montant vers Dieu « comme un encens ». L’Église, depuis les premiers siècles, a donc vénéré martyrs et saints, notamment à travers leurs reliques et leurs fêtes liturgiques. Les saints ne sont pas adorés – l’adoration n’est due qu’à Dieu seul – mais invoqués comme des aînés dans la foi.

Prier avec les saints, dans la tradition chrétienne – plus spécialement catholique et orthodoxe – repose sur la doctrine de la communion des saints, cette solidarité mystérieuse entre les croyants vivants, les âmes du purgatoire et les saints du ciel. On ne prie pas un saint « à la place de Dieu », mais avec lui et par lui, pour entrer plus pleinement dans la présence du Seigneur.

Marie occupe, dans la tradition chrétienne ancienne, une place singulière comme mère qui prie pour ses enfants et les conduit à son Fils, unique Médiateur. Elle est « cause de salut pour tout le genre humain ». Dès l’Évangile, elle apparaît comme celle qui intercède: aux noces de Cana, c’est à sa demande – « Ils n’ont plus de vin », que Jésus accomplit son premier signe, préfigurant la puissance de sa prière maternelle. Sur la croix, le Christ lui confie l’humanité en disant au disciple : « Voici ta mère », parole que l’Église comprend comme une mission universelle d’intercession. L’invocation de Marie est attestée dès l’Église primitive au IIIe siècle jusqu’au concile d’Éphèse en 430 où son titre de Théotokos (« Mère de Dieu »), donné par la ferveur populaire, fut confirmé.

S’adresser aux autres saints revient à demander un coup de main pour toucher Dieu à des personnalités, par ailleurs modèles de foi. En priant un saint, on cherche aussi à s’inspirer de sa vie, de sa fidélité, de son amour de Dieu. Chacun incarne une facette particulière de la sainteté : sainte Thérèse la confiance, saint François la simplicité, sainte Faustine la miséricorde, sainte Alice la persévérance dans la souffrance… Il est naturel de nourrir une tendresse particulière pour son saint patron. Saint Hervé m’est ainsi très sympathique et constitue une belle source d’inspiration.

Les saints ont été pleinement humains : ils ont connu des combats, des doutes, des failles. Cette proximité les rend accessibles. Ils sont comme des frères aînés dans la foi, passés par les mêmes épreuves, et donc particulièrement aptes à nous comprendre.

Certains saints sont particulièrement recommandés pour accompagner les laïcs parce qu’ils ont exercé des responsabilités de parents, comme saint Joseph, patron des pères, sainte Monique, patronne des mères, saints Louis et Zélie Martin ou sainte Anne et saint Joachim, et des responsabilités professionnelles comme saint Charles Borromée, patron des travailleurs surmenés ou saint Benoît, à la recherche de l’équilibre entre prière et travail. Certains d’entre eux sont les auteurs de prières bien adaptées à la vie séculière, comme la prière attribuée à saint Ignace de Loyola, devenue la prière scoute qui sanctifie le travail
« sans chercher le repos ». Pour ma part, je m’appuie, compte tenu de mon métier dans l’audit, sur la prière avant l’étude de saint Thomas d’Aquin qui semble faite pour ceux qui rédigent des rapports : « Donnez-moi la pénétration pour comprendre, […], la lucidité pour interpréter, une grâce abondante pour m’exprimer. »

Choisissez vos compagnons du ciel et préparez votre propre litanie, adaptée à votre vie, à vos combats et à vos aspirations. Les saints aiment être sollicités : leur joie est de nous conduire au Christ.

Tables des matières

PRÉFACE………………………………………………………………………………………….. 7

INTRODUCTION………………………………………………………………………….. 9

1. LE FONCTIONNEMENT DE LA PRIÈRE……………………. 13
Les trois pôles qui nous composent…………………….. 17
Âme, corps et esprit…………………………………………………….. 17
L’interaction entre les trois pôles…………………………. 19
Les fragilités des trois pôles……………………………………….. 20
La prière permet l’unification de l’âme et de l’esprit…….. 23

2. LES BIENFAITS DE LA PRIÈRE………………………………………. 27
Recevoir les sept dons et produire les neuf fruits……. 29
Guérir……………………………………………………………………………………….. 33
Se décentrer de soi…………………………………………………………… 42

3. LES OBSTACLES À LA PRIÈRE………………………………………… 45
Le manque de temps……………………………………………………… 47
Viser trop haut…………………………………………………………………… 55
La charité mal comprise………………………………………………. 56
Le découragement……………………………………………………………. 58

4. LA PRIÈRE : MODE D’EMPLOI……………………………………… 65
Qui prions-nous ?…………………………………………………………….. 67
Les cinq déclinaisons de la prière………………………….. 70
Les trois expressions de la prière……………………………. 73
Les fondamentaux de la prière………………………………… 82

5. LES OUTILS DE LA PRIÈRE…………………………………………….. 101
Les prières courtes récitées…………………………………………. 104
La prière de la main………………………………………………………… 116

6. LES CONDITIONS MATÉRIELLES DE LA PRIÈRE …..119
Le moment, la fréquence et la durée………………….. 121
Le lieu………………………………………………………………………………………. 125

CONCLUSION……………………………………………………………………………….. 129

BIBLIOGRAPHIE………………………………………………………………………….. 137

La prière pour les débutants

Hervé Boullanger

Editions Médiaspaul

144 p. – 14€

https://mediaspaul.fr/