Les carnets

Le 25 avril 1948

« […] Soyez comme au temps des catacombes. A cette époque, les papes eux-mêmes vivaient au milieu du peuple. Et je ne parle pas seulement du peuple chrétien. Ils vivaient même parmi les païens, ils se mêlaient à eux, ils gagnaient leur pain par diverses occupations manuelles ou civiles, couronnées, le soir venu, par la Fraction du pain, par l’assemblée des fidèles. On en trouvait dans les palais impériaux, dans les demeures patriciennes, aussi bien que parmi les tailleurs de pierre, les débardeurs, les tisserands, les foulonniers, les cultivateurs du petit peuple, ou encore parmi les médecins et les pédagogues. Et ceux à qui la naissance ou les revenus permettaient de ne pas avoir besoin de travailler, s’habillaient chaque jour de vêtements humbles pour accomplir des œuvres de miséricorde dans les quartiers les plus pauvres.


Tous annonçaient ma doctrine par la parole, et plus encore par l’exemple. Ils ne prêchaient pas à partir d’un texte fixe, ni selon des règles oratoires. Ils parlaient simplement à tel ou tel voyageur ou compagnon de travail. Tout leur servait à parler de moi, en insinuant doucement la connaissance de Jésus Christ et de l’Evangile, avec patience, avec amour et avec constance.


Ils ne craignaient ni les déboires ni les dangers. Ils entraient jusque dans les caves des cirques, jusque dans les prisons et les tribunaux — autrement dit là où ils risquaient d’être dévorés par une foule enragée comme des agneaux par les loups. Ils allaient y porter la Parole, les sacrements, les bénédictions aux chrétiens attendant le martyre, et y conquérir au Christ les âmes des païens. Ils ne faisaient pas de démagogie politique, et surtout pas aux moments délicats de mécontentement populaire ou de changement d’empereur. Ils menaient une vie chrétienne, et cela seulement. Une vraie vie chrétienne. C’est ainsi qu’ils entraînaient les autres à les suivre sur leur route, ou plus exactement sur la mienne.


En vérité, on peut dire, comme l’épouse du Cantique des cantiques, que les païens couraient derrière eux, attirés par la bonne odeur du Christ que mes disciples — qui étaient vraiment d’autres Christ — laissaient dans leur sillage lorsqu’ils marchaient au milieu de la corruption et de l’erreur pour les chasser et instaurer le règne du Christ.


Tous ont christianisé de cette manière, qu’ils soient papes, évêques, prêtres, diacres, sous-diacres, assistés par des chrétiens, des personnes non consacrées, des soldats, des matrones, des sénateurs, des ouvriers, des enfants, ou encore des vierges.


[…] Pourquoi chercher de lointaines terres de mission, si la vôtre en est une ? Il est écrit : “ Nul n’est prophète en son pays ” (Mt 13,57). En vérité, je vous dis que vous l’êtes moins que n’importe qui. Vous êtes des pasteurs borgnes, car vous ne voyez pas ce qui vous entoure, ni le moyen de circonscrire le mal.


[…] On n’entend plus — ou très rarement — cette exclamation des païens des premiers siècles: “ Voyez comme ils s’aiment et comme ils sont vertueux ! Voyez comme ils nous aiment ! ” Si le monde d’alors est devenu chrétien, il le devait à cette constatation de ce qu’étaient le clergé et les chrétiens des premiers siècles. C’est par la constatation inverse que le monde d’aujourd’hui redevient païen, athée ou livré à Satan.


Prenez les plus saints d’entre vous et disséminez-les : ils seront comme des parcelles de levain dans un tas de farine. Disséminez-les : ils apporteront la vérité au milieu du mensonge. Disséminez-les : ils brilleront comme la lumière dans les ténèbres créées artificiellement par les dévots de Satan sur ordre de leur roi. Disséminez-les, ils mettront l’amour là où domine la haine.
Les temps d’exception réclament des moyens d’exception. […] Il vous faut beaucoup innover, si vous voulez sauver.


Ne soyez pas bloqués, enracinés, dans des habitudes qui se sont formées au cours des siècles, mais qui ne sont pas celles que j’ai données à mes apôtres et à mes disciples, et que le Paraclet a continué à conseiller à l’Eglise naissante pour favoriser son développement.


Le monde évolue. Pas en bien, mais il évolue. L’Eglise ne peut être statique: elle doit, non pas s’adapter à la mauvaise évolution du monde, mais se transformer pour être en mesure d’y faire face et d’y remédier. Seuls le dogme et la doctrine doivent rester immuables. Mais en ce qui concerne les moyens d’exercer son ministère, elle doit se mettre en adéquation avec les exigences du moment.


A une époque de trouble et d’action antichrétienne, ce qui suffisait en temps de foi, de paix, d’amour respectueux pour Dieu et son Eglise, ne suffit plus. […] Soyez des médecins et des maîtres, non seulement pour les bons, mais pour tous. Comme je l’ai moi-même été.


Être prêtre ne doit pas constituer une singularité qui soit source d’honneurs et épargne ce que les hommes ont à subir : le travail, la fatigue, la pauvreté, la faim. Moi, j’ai connu la faim, or j’étais Dieu. J’ai connu la fatigue, la pauvreté, le travail, or j’étais Dieu. J’ai vécu dans les dangers, je n’ai pas cherché à les esquiver, or j’étais Dieu.


Prenez les plus saints d’entre vous, et disséminez-les. Il faut que, en même temps, dans le silence et la discrétion, une armée mystique les soutienne par la prière, la pénitence, la souffrance. C’est celle des âmes mystiques, les Moïse sur la montagne, pendant que les Josué combattent dans la plaine et vainquent par la seule arme de l’Evangile et d’une vie authentiquement évangélique. Ils doivent lutter et remporter la victoire avec et pour l’Evangile. Agissez sans retard. Vous ne savez pas si cela vous sera encore possible dans quelque temps.


Pourquoi n’imite-t-on pas, sur cette terre de martyrs et de saints où se trouve le cœur de l’Église, ce qui se fait déjà dans d’autres pays, et avec fécondité, par amour de Dieu et pour défendre l’Eglise, la morale, la civilisation chrétienne, qui est toujours liberté et paix ?


Vous attendez tout de moi et de Marie ? Vous devez vous aussi vouloir votre bien, et celui du monde entier. Ne vous laissez pas enivrer par les victoires temporaires. Que les Moïse sur la montagne prient, souffrent et offrent pour le clergé missionnaire en Italie et pour leurs assistants catholiques. Que ces prêtres missionnaires et leurs assistants catholiques œuvrent dans leur patrie, afin que l’Evangile, l’Eglise, les sacrements servent de contre-poison, de vie, de lumière, de vérité, et soient répandus là où ils ne vont pas, pour ceux qui ne viennent pas à vous — ou, s’ils viennent, ils ne comprennent pas —, pour les pécheurs, et même pour les antéchrists, parce qu’ils sont “ dans l’ignorance ”.


Au jour du jugement, c’est à vous que je demanderai, plus qu’à eux :
“ Pourquoi m’avez-vous laissé être persécuté ? ”
Car, en vérité, permettre par tiédeur, par peur ou par orgueil, que l’ignorance de moi et de ma vérité demeure et que l’erreur s’enracine, cela revient à me persécuter. Ni plus ni moins que les personnes qui le font sans malice, ou parce qu’on les y incite, ou encore parce qu’il leur est impossible de réagir à cette incitation à cause de leur incapacité à distinguer la vérité du mensonge. Cette incapacité est une conséquence de leur méconnaissance de la vérité ; elles sont tenues dans l’ignorance par les serviteurs de Satan, qui veut en faire des armées d’esclaves, des masses passives, délirantes de haine, ivres de fausses illusions, trompées par d’habiles mensonges, à utiliser contre le Christ et l’Eglise enseignante et militante.


Ne permettez pas que cela arrive. Allez, descendez, mêlez-vous à ces foules qui meurent, spirituellement, de faim, et distribuez-leur le pain de la vérité. Ma Parole est vérité et vie. Allez. Enseignez. Aimez.
[…] »

Les Carnets

Maria Valtorta

Centro Editoriale Valtortiano

308 p. – 15 x 21 cm – 23.5€