Pourquoi Dieu permet-il la souffrance ?

Au moment où tu lis ces mots, les choses vont mal partout dans le monde.
Nous recevons sans cesse des mauvaises nouvelles de toutes sortes.
Certains problèmes de la vie ne sont pas très difficiles à résoudre. Dans l’établissement scolaire privé où je travaille, une académie pour filles à Sydney, même les plus jeunes de mes élèves ont des tonnes de soucis. La plupart du temps, ce n’est rien de trop grave. Je peux en général résoudre leur problème avec un petit sparadrap, ou en leur conseillant de boire un verre d’eau ou de jouer avec quelqu’un d’autre.
Mais quand nous grandissons, nos problèmes deviennent souvent plus compliqués. Si tu venais me parler d’une dispute avec un ami ou une amie et que je te conseillais d’aller boire un verre d’eau, je pense que tu ne reviendrais pas me demander conseil de sitôt.

Les problèmes de la vie sont trop graves pour être pris à la légère.
« Chris, est-ce que je peux te parler ? » La jeune fille a jeté un coup d’œil en direction des autres enfants pour s’assurer qu’ils ne l’entendraient pas, puis a soupiré comme si son cœur allait se briser : « Je crois que mon papa et ma maman ne s’aiment plus. »
Elle avait l’air tellement malheureuse. Mais plus encore, elle semblait épuisée, comme si sa tristesse l’avait vidée de ses forces.
Quelques semaines plus tard, la nouvelle était officielle. Son père avait fait ses bagages et quitté la maison.
Quand je lui ai demandé comment elle se sentait, elle est restée longtemps les yeux fixés sur le sol avant de répondre : « Au moins je ne les entendrai plus se crier dessus. »

Alegra avait cinq ans quand je l’ai rencontrée ; c’était son premier jour d’école.
Alegra était une enfant au grand cœur, drôle et attentionnée. Elle n’était pas de ces personnes qui cherchent à attirer l’attention des autres, mais de celles qui accordent toute leur attention aux autres. Comme j’étais son professeur, je savais qu’Alegra avait subi une opération chirurgicale au cerveau et qu’elle était encore suivie médicalement. Mais elle étudiait avec tant d’enthousiasme que personne n’aurait pu deviner sa condition.
Un matin, Alegra n’est pas venue en cours. Les jours ont passé et nous avons appris qu’elle ne reviendrait plus du tout. Son cancer était réapparu et cette fois, il n’y avait pas d’espoir de rémission.
Peu de temps après son sixième anniversaire, je me suis retrouvé dans une église bondée, entouré des centaines de proches d’Alegra rassemblés pour ses funérailles. Pendant tout ce temps de prières, de pleurs, d’adieux et d’embrassades, les mêmes questions tourbillonnaient dans ma tête, encore et encore.
« Mon Dieu, comment as-tu pu permettre cela ? Ça ne te fait rien ? »
Toi qui lis ce livre, tu te poses peut-être les mêmes questions.
Peut-être traverses-tu une épreuve terrible et tu as le cœur brisé. Ou alors, c’est le cas de quelqu’un que tu aimes.
Peut-être que les choses horribles dont on parle tous les jours aux infos t’inquiètent et te font peur, et tu t’interroges sur le sens véritable de la vie.
Et tu te demandes où est Dieu dans tout ça.
Quand on y réfléchit, toute cette souffrance peut sembler incompatible avec Dieu. Ou du moins, ça peut nous poser un gros problème si nous voulons croire ce que Dieu dit de luimême dans la Bible : entre autres, qu’il est un Dieu tout-puissant et un Dieu d’amour.
Parce que si Dieu est un Dieu d’amour, il doit vouloir mettre fin à toute la souffrance qui existe dans le monde, non ?
Et s’il est vraiment tout-puissant, alors il est capable d’y mettre fin n’importe quand.
Pourtant, il ne le fait pas. Le monde souffre toujours.
Pourquoi ?
Dieu n’est-il pas aussi puissant qu’il le prétend ? Est-il trop faible pour mettre fin à notre souffrance, alors même qu’il le désire ?
Ou pire : n’est-il pas aussi aimant qu’il le prétend ? Nous laisse-t-il souffrir par cruauté, alors qu’il a le pouvoir de nous venir en aide ?
Est-il à la fois trop faible et trop cruel ?
Ou notre souffrance prouve-t-elle tout simplement que Dieu n’existe pas ?
Comme je l’ai dit, la souffrance présente un gros problème en ce qui concerne Dieu.
Cela dit, si ce qui te préoccupe le plus peut être formulé ainsi : « Pourquoi un Dieu aimant et puissant permet-il tant de souffrance ? », alors il existe une réponse très simple à cette question.
Nous, en tant qu’êtres humains, demandons à Dieu de nous venir en aide (en le rendant d’ailleurs responsable de nos problèmes quand il ne répond pas) parce qu’il est justement, par définition, beaucoup plus grand, plus sage, plus aimant et plus puissant que nous.
Et si Dieu est tellement plus grand et plus sage que nous, il pourrait avoir tout un tas de raisons justes et bonnes de ne pas mettre fin à notre souffrance. Des raisons qui nous dépassent.
Ce n’est pas parce que je ne vois pas de bonne raison à ma souffrance qu’une telle raison n’existe pas.

Si Dieu est assez grand pour que nous le rendions responsable de notre souffrance, il doit être assez grand pour avoir de très bonnes raisons de permettre la souffrance, même si nous ne comprenons pas encore ces raisons.
Voilà.
J’ai répondu à ta question sur le problème de la souffrance.
En fait, je suis convaincu que c’est une très bonne réponse, une réponse solide. Mais si tu me ressembles un peu, elle ne doit pas beaucoup t’aider. Pourquoi ? Parce que je n’ai fait que te donner une « réponse intellectuelle » bien comme il faut. Or la souffrance n’est pas une simple énigme de logique à résoudre avec notre tête. C’est un problème pour notre cœur.
Quand nous traversons une véritable épreuve, je ne pense pas que notre principale question soit : « Pourquoi un Dieu aimant et puissant permet-il tant de souffrance ? »
Quand tout s’effondre autour de nous, le cri de notre cœur est plus grand, plus profond et bien plus personnel :
« Comment peux-tu permettre cela ? Ça ne te fait rien ? »
Si nous voulons croire que Dieu est aussi aimant et aussi puissant qu’il le prétend, c’est à cette question-là que nous devons répondre.
Et c’est à cette question plus grande, plus profonde et bien plus personnelle que nous réfléchirons dans ce livre.

Pour trouver la réponse à nos grandes questions, nous devons revenir au commencement.
Au tout début.
Pourquoi ? Parce que je crois que si nous voulons comprendre les raisons de notre souffrance, nous devons d’abord répondre à une autre question :
« Dans quel genre d’univers vivons-nous ? »
Parce que si nous vivons dans un univers où la souffrance fait tout simplement partie de la vie (si la souffrance, la douleur et la mort sont normales et naturelles, si les choses ont toujours été ainsi), alors la seule chose à faire, c’est d’apprendre à vivre avec.
Mais si c’était plus compliqué que ça, avec une histoire plus vaste qui se déroule en arrière-plan ?
Et si nous vivions dans un univers brisé, un univers où quelque chose aurait mal tourné ?

Parfois, quand tu vis une expérience très difficile, quelque chose au fond de toi hurle que ce n’est pas comme ça que les choses devraient être. Et si tu avais raison ?
Et si le monde n’avait pas toujours été ainsi ? Et si ce qui a été brisé pouvait être réparé ?
Dans l’Antiquité, presque toutes les cultures avaient la même vision de l’univers (et de la souffrance). « Les dieux doivent être en colère », se disaient les gens en constatant la sauvagerie de la nature.
Pourquoi le monde est-il si sombre, si chaotique et si terrifiant ? À cause des dieux qui le peuplent.
Les mythes et les légendes du monde antique ne parlent que de divinités en colère qui partent en guerre les unes contre les autres.

L’Enuma Elish, le mythe babylonien de la création du monde, en est un exemple des plus anciens et plus célèbres.
Il existe différentes versions de ce mythe, mais voici en gros ce que tu aurais appris sur la création du monde si tu avais été un petit Babylonien ou une petite Babylonienne il y a trois-mille ans.
Au commencement, il y avait le dieu Apsû et la déesse Tiamat. Ensemble, ils ont donné naissance à une ribambelle d’autres dieux. Mais bientôt, Apsû se plaint de ses enfants qui font trop de bruit et l’empêchent de se concentrer sur son travail. Alors, il échafaude un plan. Apsû décide de tuer tous ses enfants. Tiamat n’est pas d’accord, ça se comprend. Et elle avertit Enki, son fils aîné, des projets de son père. Alors, Enki tue Apsû. Puis il prend le corps de son père et l’écrabouille pour façonner la terre.
En apprenant la mort d’Apsû, Tiamat entre dans une colère noire et se dit que, finalement, assassiner tous ses enfants n’est pas une si mauvaise idée. Elle invoque les forces du chaos pour créer onze terribles monstres, place à la tête de cette armée un dieu appelé Kingu et part en guerre contre ses enfants.
Heureusement pour ces derniers, Marduk, chasseur puissant, parviendra à tuer sa mère d’un trait de flèche (ce qui fera couler deux fleuves de ses yeux).
Marduk étire le cadavre de Tiamat pour créer le ciel, puis tue le dieu Kingu. Il crée ensuite les premiers êtres humains à partir du sang de Kingu afin qu’ils soient ses esclaves. Leur travail : servir les dieux et combattre éternellement contre les forces du chaos.

Ainsi fut créé l’univers selon les Babyloniens.
À Babylone, il y a trois-mille ans, donner un sens à toute la souffrance du monde n’était pas difficile.
« Évidemment que le monde est chaotique et terrifiant, m’aurais-tu dit. Il a toujours été comme ça ! Regarde nos dieux. Comment les choses pourraient-elles être différentes? »
Là, tu te dis peut-être : « Ouais, mais ça, ce n’est que de la mythologie. On sait très bien que ce n’est pas comme ça que tout a commencé ! »
Pourtant, il existe une version moderne de cette vision du monde, qui est très répandue.
Aujourd’hui encore, beaucoup de personnes, en constatant la sauvagerie de notre monde, se disent que les choses ont sûrement toujours été comme ça.
Seulement, de nos jours, on ne rejette plus la faute sur des dieux violents et colériques. On dit plutôt que s’il y a tant de souffrance dans le monde, c’est parce que Dieu n’existe pas.
« Évidemment que le monde est terrifiant et chaotique. Il a toujours été comme ça ! Nous ne sommes qu’un accident. Comment les choses pourraient-elles être différentes ? »
Cette vision des choses pourrait expliquer la présence de la souffrance dans le monde.
Mais elle ne nous aide pas à mieux vivre avec.

Les auteurs de la Bible connaissaient les légendes des cultures voisines : ils savaient que la plupart des gens croyaient que le monde avait toujours été rempli de violence et de souffrance puisque les dieux étaient sans cesse en guerre les uns contre les autres. Mais la vision des auteurs de la Bible, elle, était complètement différente.
Voici comment débute le récit biblique :
Au commencement Dieu créa les cieux et la terre. La terre était sans forme et vide, et l’obscurité couvrait la surface de l’abime. Le souffle de Dieu planait à la surface des eaux.
Genèse chapitre 1, versets 1 et 2
Ici, nous n’avons pas une multitude de dieux et de déesses en guerre, mais un seul Dieu qui vit dans une paix parfaite.
Nous avons aussi « l’abime » et « les eaux ».

Qu’est-ce que ça veut dire ? Comment peut-il y avoir des « eaux » si Dieu n’a pas encore créé le monde ? Existe-t-il un océan secret plus ancien que Dieu lui-même ?
Non.
Figure-toi que dans l’Antiquité, l’eau était symbole d’obscurité, de terreur et de chaos. L’océan faisait peur. Il était déchainé, indomptable, il coulait les bateaux et noyait les marins. On parlait donc de l’« abime » et des « eaux » pour désigner tout ce qui était chaotique et incontrôlable.
Voilà ce que fait l’auteur de la Genèse (le premier livre de la Bible) : il utilise l’image de l’eau pour décrire le vide obscur qui a précédé l’univers.

Mais regarde bien : où est Dieu ? Il n’est pas en train de nager dans les eaux et encore moins de s’y noyer. Ce texte n’est pas une légende de plus où un dieu violent et colérique est pris au piège dans le chaos du monde.
Non, les premières lignes de la Bible nous disent que le souffle de Dieu planait à la surface des eaux ; il volait paisiblement au-dessus du néant et des ténèbres qui ont précédé la création en se préparant à créer la vie.
Voici la suite :
Alors Dieu dit : « Que la lumière paraisse ! » et la lumière parut.
Genèse chapitre 1, verset 3

Dieu parle du milieu des ténèbres et ce qu’il dit se produit immédiatement. Le récit de la Genèse se poursuit : Dieu remplit le néant à ras bord de son amour, de sa bonté, de sa beauté et de sa créativité. Ce qui nous donne un premier aperçu incroyable de sa personne et de ses traits de caractère.

Dieu est celui qui apporte la lumière dans les ténèbres.
Qui met de l’ordre dans le chaos. Qui donne la paix au milieu de la terreur.
Voici comment la Bible résume le récit de la création : Dieu regarda tout ce qu’il avait fait, et il constata que c’était très bon.
Genèse chapitre 1, verset 31 (S21)

Pour le Babylonien d’il y a trois-mille ans qui croyait que la terre avait été façonnée à partir du cadavre d’un dieu assassiné, comme pour toi au XXIe siècle, qui ne crois peutêtre pas du tout en Dieu, le récit biblique de la vraie création est révolutionnaire et il peut changer ta vie.
Nous n’avons pas été créés pour être des esclaves et nous ne sommes pas un accident.
Dieu a créé l’univers avec un objectif précis. C’était un débordement de son amour, dans le but que l’univers soit notre chez-nous, un chez-nous parfait. Et au commencement, c’était très bon.

La première chose que nous devons comprendre à propos du malheur dans le monde, c’est que ça n’a pas toujours été ainsi. La maladie, la souffrance et la mort ne font pas initialement partie de la vie. Elles ne sont pas naturelles. Elles n’ont rien à faire dans le très bon monde de Dieu.
Ce n’est pas comme ça que les choses devraient être.
Ce qui nous amène tout naturellement à une nouvelle question : « Qu’est-ce qui a mal tourné ? »

 

Table des matières

1. Pourquoi un Dieu bon permettrait-il tant de souffrance ?   7
2. La souffrance ne fait-elle pas partie de la vie ?   13
3. Comment en est-on arrivé là ?   19
4. Où est Dieu quand je souffre ?   27
5. Pourquoi Dieu ne répond-il pas quand je l’appelle au secours ?   33
6. Dieu se soucie-t-il vraiment de ma souffrance ?   39
7. Comment Dieu peut-il éliminer le mal sans nous éliminer, nous ?   47
8. Le monde sera-t-il toujours comme ça ?   53
9. Au fond, qu’est-ce que ça change ?   61
10. Jésus vaut mieux que toutes les réponses du monde   67
Références   71
Remerciements   73

Pourquoi Dieu permet-il la souffrance ?

Chris Morphew

Editions LLB

80 p. – 14 x 21 cm – 14€

editions-llb.fr